La guerre en Afghanistan est un conflit que le public a le sentiment croissant que d’un nouveau genre, qui se déroule à la l’entreprise est vouée à l’échec. fois sur le terrain de la sécurité et sur celui du développement. La bataille pour gagner La détérioration dramatique de la situation "les cœurs et les esprits" du peuple afghan, en sécuritaire ne constitue qu’une partie de particulier des communautés déshéritées des provinces du sud, déterminera le succès ou l’échec de la mission.

Mais dans notre empres­se ment à gagner le soutien des Afghans, nous oublions qu’il s’agit d’une bataille qui doit être menée également chez nous. Les sondages d’opinion réalisés au cours des l’explication. La raison en est davantage l’incapacité des gouvernements européens à expliquer à leurs électeurs les enjeux de la mission en Afghanistan, dans quelle mesure en dépendent nos intérêts nationaux et pourquoi la mission doit comporter à la fois des efforts militaires et une aide au développement.

Les conséquences de cet échec sont désastreuses: les soldats et les experts civils européens présents sur le front sont privés du soutien moral qu’ils méritent et la capacité des gouvernements, en particulier en Italie et en Allemagne, à renforcer ou même confirmer leur engagement en Afghanistan se réduit sérieusement. Plus fondamentalement encore, cette incapacité remet en cause la faculté de l’Europe à assurer sa sécurité commune et à coopérer avec son partenaire américain. Vu sous cet angle, l’Afghanistan est le conflit déterminant de ce début de siècle.

Chaque pays européen fortement engagé en Afghanistan devrait de toute urgence évaluer de manière publique et indépendante son engagement futur. Cette initiative contribuerait à recadrer le débat sur l’Afghanistan et à le poser en des termes plus constructifs. Elle permettrait en particulier de ne plus le réduire à un choix manichéen entre le retrait et une présence indéfinie.

Les nations européennes pourraient prendre pour modèle la commission Manley, du nom de l’ex-ministre canadien des Affaires étrangères, John Manley, qui a présidé la commission mise sur pied en 2007 par le gouvernement canadien pour analyser l’engagement futur du pays en Afghanistan. Cette commission avait pour objectif de dépolitiser un débat qui avait pris un ton de plus en plus acrimonieux en raison de l’augmentation du nombre de morts et des failles de la communication gouvernementale. Les pays européens devraient s’inspirer de cet exemple en évaluant les différentes options et en proposant une piste pragmatique pour l’avenir qui reflète l’intérêt national de chaque pays. Ils devraient également lancer une vaste discussion publique sur l’importance de l’Afghanistan pour les Européens.

Déclenchée à la suite des attentats du 11 septembre, l’intervention de l’OTAN en Afghanistan a bénéficié d’un immense soutien de l’opinion publique occidentale. Comparée à la guerre controversée menée en Irak en 2003 et 2004, elle était qualifiée de "guerre juste" par une large majorité de l’opinion.

Cependant, depuis la reprise de l’offensive talibane en 2005, cet appui s’est dangereu­sement érodé, l’évolution sur le terrain ayant démontré que les dirigeants européens avaient mal évalué et mal expliqué les risques réels de la mission. Ils espéraient bâtir la paix avec des petits moyens en donnant la priorité à la reconstruction plutôt qu’en s’attaquant de front à la menace, qu’ils sous-estimaient fortement, de l’insurrection talibane.

L’Italie constitue un exemple frappant de l’enjeu politique que représente, pour les gouvernements européens, la perte de soutien de l’opinion dans la question afghane. Le vote en février 2007 pour le renouvellement de la mission italienne en Afghanistan a pratiquement conduit à la chute du gouvernement de Romano Prodi. En effet, quelques parlementaires de petits partis de gauche en faveur du retrait immédiat des troupes italiennes profitèrent du message contradictoire du gouvernement – refuser d’admettre que l’Afghanistan est en guerre tout en demandant la prolongation de la mission militaire – pour semer la pagaille. Même si le vote au Sénat fut finalement acquis et que Romano Prodi resta au pouvoir, la mission italienne dut faire face à des clauses extrêmement contraignantes.

L’Allemagne constitue un autre exemple marquant, même si moins extrême, d’une démocracie parlementaire où le gouvernement refuse de reconnaître que l’Afghanistan est en guerre craignant de perdre le soutien déjà fragile du Parlement. Si cette méthode fait ses preuves à court terme, elle ne permet pour ainsi dire aucun véritable ajustement de l’engagement allemand. Le déploiement militaire est encore un sujet controversé en Allemagne. Mais depuis l’engagement de troupes allemandes durant la guerre du Kosovo en 1999, un nouveau consensus est apparu. Le gouvernement de la chancelière Angela Merkel, pourtant connu pour la force de son engagement en faveur de questions globales telles que le changement climatique, n’a pas mis tout son poids politique dans la balance lorsqu’il a été question de plaider la cause de l’engage ment allemand en Afghanistan.

Nos démocraties parlementaires n’aiment pas prendre des risques et les gouvernements européens ont à la fois réagi faiblement et hypocritement. Face à l’opinion publique, ils ont minimisé le sérieux de la mission en Afghanistan tout en s’accordant avec leurs partenaires internationaux sur l’importance d’une victoire sur le terrain. Cette attitude a débouché sur un débat public polarisé entre deux options tout aussi déplaisantes l’une que l’autre, se retirer maintenant ou rester indéfiniment en Afghanistan. Les citoyens européens tout comme les troupes sur place nagent dans l’incertitude: les premiers disposent de peu d’informations tandis que les seconds n’ont pas de vision claire de leur mission.

Fidèle à sa tradition, la population du Royaume-Uni a accueilli avec patriotisme la nouvelle du déploiement des troupes britanniques dans l’Helmand, la province la plus dangereuse. Les hauts responsables du gouvernement britannique ont toutefois fait preuve d’opportunisme en présentant une vision exagérément réductrice de la nature et des risques de la mission. Interrogé par des journalistes de la BBC à Kaboul, John Reid, alors ministre britannique de la défense, a fourni une réponse révélatrice: "Nous serions tout à fait heureux de partir dans trois ans et sans avoir tiré un seul coup de feu car notre tâche est de protéger la reconstruction." Depuis lors, son successeur se bat tant bien que mal pour contredire ses détracteurs qui estiment que les soldats britanniques ont été envoyés sans préparation, en trop petit nombre et qu’ils sont mal équipés pour affronter un ennemi insaisissable mais meurtrier, dans un contexte où l’effort de développement demeure minimal mais où le commerce illégal de l’opium est florissant.

Cette tragique sous-évaluation et ce manque de clarté dans les informations n’ont pas suffisamment préparé l’opinion publique britannique à l’augmentation du nombre de morts. Londres a encore semé davantage la confusion en présentant la mission dans l’Helmand comme une occasion de s’attaquer au problème du trafic d’héroïne au Royaume-Uni.

Bien que l’Afghanistan soit effectivement la source de la majeure partie du trafic d’héroïne en Grande-Bretagne, il est peu probable que le problème de la demande soit résolu en s’attaquant à sa production dans le cadre de la mission militaire britannique. Pourtant, cet argument simpliste a aidé le gouvernement britannique à renforcer le soutien en faveur de la mission en Afghanistan tant chez les parlementaires conservateurs que chez les travaillistes dont l’électorat urbain du nord de l’Angleterre est particulièrement confronté aux problèmes de toxicomanie. Quoi qu’il en soit, cet argument n’a guère eu d’impact sur l’opinion publique. Un récent sondage publié dans le journal 4HE. 3UNDAY. 4IMES laisse entendre que plus de la moitié des Britanniques estiment que leurs troupes devraient se retirer d’Afghanistan.

La France offre un exemple différent mais très éclairant des occasions manquées de la politique européenne à propos de l’Afghanistan. Lors de sa visite à Londres, puis lors du sommet d’été de l’OTAN à Bucarest, le président Nicolas Sarkozy a finalement annoncé un accroissement du nombre de soldats français déployés en Afghanistan. Toutefois, cette décision a été gâchée par la confusion qui règne à propos des objectifs du déploiement et du contexte politique de la réintégration de la France dans la structure de commandement militaire de l’OTAN. Généralement favorable au déploiement de troupes, l’opinion publique française a semblé accueillir cette nouvelle avec un scepticisme ambiant. L’opposition socialiste, et en particulier l’ex-premier ministre Lionel Jospin qui avait envoyé le premier contingent français en 2001, a exprimé, de manière assez inattendue, son désaccord.

Comment pourraient fonctionner les commissions publiques d’évaluation qui seraient mises en place dans les pays européens ? Chacune d’entre elles aurait pour tâche de définir plus clairement les intérêts nationaux, d’examiner les différents scénarios d’engagement en Afghanistan, d’évaluer les risques et les avantages de chaque option à court et à long terme et de recommander une ligne de conduite réaliste pour garantir le succès de la politique adoptée.

Ces commissions nationales devraient partir du postulat que l’Afghanistan est en état de guerre mais que le succès de l’intervention dépend d’une stratégie politique qui associerait les préoccupations sécuritaires azvan Ungureanu fut ministre roumain des affaires étrangères de décembre 2004 à mars 2007. Il est actuellement le directeur des services de renseignements étrangers. coopération régionale, ainsi que le problème des stupéfiants. Chaque commission devrait travailler indépendamment des institutions officielles, le Parlement inclus, être composée de membres éminents de la société civile et de l’armée et être présidée par une personnalité politique, idéalement issue de l’opposition, qui inspire le respect au sein de tous les partis. Les candidats idéaux seraient l’ex-premier ministre Giuliano Amato pour l’Italie, les anciens ministres de la défense Alain Richard pour la France et Volker Ruehe pour l’Allemagne, et Lord Paddy Ashdown, ancien chef de file des Libéraux Démocrates, pour le Royaume-Uni. Les commissions devraient consulter des acteurs haut placés de la politique nationale et internationale, ainsi que des experts et des prescripteurs d’opinion. L’agenda de ces commissions devrait être lié à un vote parlementaire important sur l’Afghanistan, mais il ne devrait pas être associé à des calendriers électoraux afin de ne pas se laisser entraîner dans une politique partisane. Par ailleurs, le travail de ces commissions ne devrait pas se terminer le jour où elles remettent leur rapport ; elles devraient se réunir régulièrement pour passer en revue les progrès, ou l’absence de progrès, et pour animer et cadrer le débat public.

L’Europe a cruellement besoin de clarifier sa position sur l’Afghanistan et le rôle qu’elle entend y jouer. Cette démarche est d’autant plus importante qu’il est fort vraisemblable que le nouvel occupant de la Maison-Blanche se préoccupera davantage de l’Afghanistan. L’Europe sera-t-elle pour les Etats-Unis un partenaire fiable et parlant d’une seule voix? Il ne faudrait pas que ce dossier soit la première occasion manquée entre l’Europe et la nouvelle administration américaine. L’heure est venue pour les gouvernements européens de faire preuve d’autant de courage que leurs soldats sur le terrain, d’étayer leurs arguments, de définir des objectifs réalistes et de regagner les "cœurs et les esprits" de leurs populations. La politique de l’UE en matière de sécurité et de défense restera inopérante si elle ne peut s’assurer le soutien des citoyens, pour, ce qu’on peut appeler, le conflit du XXIe siècle.