Que faut-il attendre demain des dirigeants ?

Il faut d’abord renforcer les moyens de Triton . Cette opération a succédé à l’opération Mare Nostrum mise en place par les Italiens, sous prétexte que cette dernière incitait aux départs de migrants. Mais s’ il y a plus de victimes, il faut plus de secours. A priori, les dirigeants vont reprendre, jeudi, les propositions présentées par la Commission européenne lundi dernier pour les ministres des Affaires étrangères et de l'Intérieur, mais toute la difficulté portera sur la répartition entre les Etats membres de l’accueil des réfugiés, car tous les gouvernements sont confrontés à la montée de mouvements anti-immigration. Sur le fond, il faut une vraie prise de conscience, avec une volonté politique plus forte que par le passé. Répartir les réfugiés, coopérer pour combattre les trafiquants, envoyer des experts aider les Etats voisins, répondre à l’appel du Haut Commissariat pour les Réfugiés pour améliorer la situation dans les camps situés dans les pays voisins de la Syrie. Un tiers de la population syrienne est déplacée et croupit dans des camps en Turquie, en Jordanie ou au Liban, tandis que plus profondément en Afrique, à la pauvreté, s’ajoutent à présent les nouveaux actes terroristes de Boko Haram, qui pousse les populations à fuir.

Qu’est ce qui a changé dans les phénomènes de migration cette année par rapport à l’an dernier?

Sur le fond, il n’y a pas de changement majeur, l’été 2014 était déjà terrible. Mais la série de naufrages a, cette fois-ci, alerté l’opinion publique et oblige les dirigeants à agir. En outre, le temps presse. La guerre civile en Libye s’aggrave et mène le pays dans une impasse. Le trafic des immigrés met en œuvre des circuits de plus en plus complexes avec des acteurs de plus en plus nombreux. Pour l’heure, la présence de Daech en Libye n’est pas encore très précise, mais on suppose que le mouvement cherche aussi à tirer profit du business des passeurs. Par ailleurs, jamais il n’y a eu autant de réfugiés dans le monde, et les Syriens qui vivent dans les camps perdent espoir et veulent partir. Un phénomène qui ne peut qu’empirer avec le temps.

Où en sont les pourparlers en Libye pour restaurer un Etat de droit ?

Les pourparlers avancent doucement. Au moins, l’émissaire spécial des Nations-Unies pour la Libye, Bernardino Leon, est-il parvenu à mettre toutes les parties autour de la table dans l’espoir d’arracher un accord sur un gouvernement d’union nationale. Il s’agit de définir des institutions provisoires à partir des deux « parlements » en concurrence, d’avancer dans un processus institutionnel, même si les représentants de Tripoli et de Tobrouk ont des positions très dures. Disons que ces discussions sont déjà un petit progrès dans un pays qui n’a plus de structure étatique et où chacun cherche à imposer sa loi par les armes.

Cet interview a été initialement publié sur le site internet de Les Echos.